Tomb of Victor and Jacqueline Brauner, Cimetière de Montmartre

Detail of the funereal monument of Victor and Jacqueline Brauner. Photo EB August 2021.

Tomb of Victor and Jacqueline Brauner (née Abraham), Montmartre Cemetery, Paris, France (photo, August 2021). Exquisite in all its strange simplicity and complexity. One haunting detail, easily overlooked, is the left bottom corner of the niche, continuing only 1.5 or 2 centimetres, breaking the symmetry.

Victor Brauner (1903-1966) was a painter working in a number of successive styles, like cubism, expressionism, Dadaism and surrealism.

The epitaph reads: “Pour moi peindre c’est la vie, la vraie vie: MA VIE”.

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Hortus Haren revisited

Hortus Haren, Celtic Garden.

Sainte Agnès de Domenichino (gravure sur acier du XIXe siècle)

Sainte Agnès, par Domenichino. Gravure du XIXe siècle d’après l’original de la Collection Royale

(Note au lecteur : j’ai publié la version anglaise de cet article plus tôt, en 2016, mais j’ai maintenant substantiellement modifié le texte et je le publierai donc à nouveau, en français et en anglais.)

C’est un 1er mai ensoleillé ici dans le nord des Pays-Bas. Alors place à un peu d’histoire de l’art. Il y a quelque temps, j’ai écrit un article sur deux gros et lourds livres remplis de gravures du XIXe siècle d’œuvres d’art originales de la British Royal Collection. Les livres, publiés par P. & D. Colnaghi Cie, entre 1854 et 1860, et écrits et recherchés par Samuel Carter Hall (1800 – 1889), sont une collection de gravures sur acier, créée par une équipe de graveurs qui ont travaillé environ six ans sur le projet.

Les gravures ont été publiées à l’origine sous forme d’estampes séparées et sous forme de collection en deux volumes lourds. Les livres en ma possession sont, hélas, en mauvais état. Les gravures sont encore très nettes et propres, mais les reliures sont abîmées. Les livres sont tout simplement trop gros, lourds et encombrants et les dos ont souffert du transport, du stockage dans des conditions sous-optimales, de l’usure. Quand je les ouvre maintenant pour faire des photographies, je les pose sur un berceau de coussins et une chaise en osier qui a juste la bonne forme et la bonne taille pour les ouvrir avec précaution et en toute sécurité. À présent, j’ai photographié la plupart des images, mais je viens juste de commencer à faire des photographies des descriptions.

C’est le premier, Sainte Agnès, un charmant tableau de Domenichino. Après avoir photographié le texte, j’ai créé un PDF et effectué une reconnaissance optique de caractères (OCR). J’ai ensuite nettoyé le résultat, qui contenait de nombreuses erreurs et erreurs de numérisation. Le texte ci-dessous est la version nettoyée, et donc un fac-similé de l’original. J’ai conservé l’orthographe d’origine, par ex. ‘Raffaele’, et j’ai restauré les guillemets intelligents ou bouclés, comme dans l’original.

Le graveur de cette image est un M. S. Smith.

Voici la description complète, tirée du volume :

ST. AGNÈS.

DOMENICHINO

DOMENICO ZAMPIERI, ou, comme on l’appelle habituellement, Domenichino, né à Bologne en 1581, était l’un des peintres les plus illustres de l’école bolonaise, et parmi les savants les plus distingués qui sont sortis de l’atelier des Caracci : ses talents et les succès tout au long de sa carrière furent si remarquables qu’ils excitèrent la jalousie et la mauvaise volonté constantes de nombre de ses contemporains. Peu de temps après son entrée à l’Académie des Caracci, il remporta le prix principal de tous ses concurrents, parmi lesquels Guido et Albano ; avec ce dernier, Domenichino se lia d’amitié intime, et, à la sortie de l’école, ils visitèrent ensemble Parme, Modène et Reggio pour étudier les œuvres de Parmegiano et de Correggio. Albano se rendit ensuite à Rome, où il fut bientôt suivi par son ami. Le cardinal Agucchi fut le premier à apprécier le génie de Domenichino jusqu’à lui accorder son patronage : il l’employa pour décorer son palais et lui confia la commande de peindre trois tableaux pour l’église de S. Onofria. Annibal Caracci était à cette époque à Rome, occupé par son grand travail dans la Galerie Farnèse, et il engagea Domenichino pour en exécuter une partie à partir de ses cartons : dans la loggia du jardin, il peignit d’après ses propres dessins « La mort d’Adonis ». Sur la recommandation de Caracci, dont la santé défaillante l’a empêché d’entreprendre de nouvelles commandes, Domenichino a été employé, en collaboration avec Guido, par le cardinal Borghese, dans l’église de S. Gregorio.
Le prochain grand ecclésiastique romain qui chercha à se prévaloir de ses talents fut le cardinal Aldobrandini, dont il décora la villa de Frascati de fresques, au nombre de dix, de la vie d’Apollon. Peu de temps après l’achèvement de ces travaux, il a commencé son grand tableau de “La Dernière Communion de Saint-Jérôme,” pour l’autel principal de l’église de S. Girolamo della Carita, à Rome : ce travail a été universellement considéré comme le chef- d’œuvre du maître, et après la « Transfiguration » de Raffaelle parmi les tableaux du monde. Lorsque les armées françaises, pendant les guerres de la révolution, spolièrent l’Italie de ses trésors d’Art, ce fut un des premiers ouvrages sur lesquels elles portèrent la main violente ; et, jusqu’à la paix de 1815, il ornait la galerie du Louvre : il fut alors restauré, avec les autres tableaux et statues qui avaient été emportés, et se trouve maintenant dans la galerie du Vatican, dans le même appartement que le « Transfiguration », et quatre autres tableaux de Raffaelle – une splendide exposition en soi.
La renommée que Domenichino acquit par ce tableau ne fit que redoubler la malveillance de ses rivaux, qui réussirent enfin à le chasser de Rome : il revint à Bologne, où il passa plusieurs années dans l’exercice tranquille de ses talents ; mais le pape Grégoire XV, ne voulant pas perdre ses précieux services, l’obligea de nouveau à visiter Rome, et le nomma principal peintre et architecte du palais pontifical. Il mourut en 1641, après une vie laborieusement passée à la poursuite sérieuse et fructueuse d’un art qu’il aimait et pratiquait en toute sincérité.
Son « St. Agnes », l’un des « métiers à tisser » de la couronne britannique, était autrefois un retable, mais de quelle église il a été pris, et quand il a été apporté en Angleterre, il ne semble y avoir aucune information positive : la photo, avant son déménagement à son emplacement actuel, était au palais de Kensington. Le jeune saint – qui selon la tradition, a subi le martyre à l’âge de treize ans, en l’an 303 – se tient dans une attitude de profonde dévotion ; un ange vole vers lui avec une couronne et une palme, tandis qu’un autre est assis à ses pieds et caresse un agneau, symbole de sainte Agnès, qui est la patronne particulière de l’innocence et de la pureté d’esprit. La tête – ses longs cheveux retenus par un riche diadème – est d’une beauté extrême ; la figure est conçue avec une grande élégance, et toute la composition a un caractère élevé, est peinte avec une grande chaleur et transparence de couleur, et est considérée comme l’une des meilleures images de l’artiste.
Elle fait partie de la collection du château de Windsor : la toile mesure 7 pieds sur 5 pieds.

S.C. Hall

Saint Agnes by Domenichino (19th century steel engraving)

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St. Agnes, by Domenichino. 19th Century engraving after the original in the Royal Collection

(Note to the reader: I published this post earlier, in 2016, but I now have substantially edited the text and will therefore publish it anew.)

It is a sunny May, 1st here in the north of the Netherlands. So time for a bit of art history. Some time ago, I wrote a post about two big and heavy books filled with 19th century engravings of original works of art in the British Royal Collection. The books, published by P. & D. Colnaghi Co. between 1854 and 1860, and written and researched by Samuel Carter Hall (1800 – 1889), are a collection of steel engravings, created by a team of engravers who worked about 6 years on the project.

The engravings were originally published as separate prints, and as a collection in two heavy volumes. The books in my possession are, alas, in poor condition. The engravings are still very crisp, and clean, but the bindings are damaged. The books are simply too big, heavy, and unwieldy and the spines have suffered from transport, storage in suboptimal conditions, wear and tear. When I open them now to make photographs, I put them on a cradle of cushions and a wicker chair that has just the right shape and size to carefully and safely open them. By now, I have photographed most of the images, but I have only just started to make photographs of the descriptions.

This is the first one, St. Agnes, a charming painting by Domenichino. After photographing the text, I created a PDF and performed an OCR run. I then cleaned up the result, which contained many mistakes and scanning errors. The text below is the cleaned-up version, and therefore a facsimile of the original. I have kept the original spelling, e.g. ‘Raffaele’, and I have restored the smart, or curly quotes, as in the original.

The engraver of this image is a Mr. S. Smith.

Here follows the complete description, taken from the volume:

ST. AGNES.

DOMENICHINO

DOMENICO ZAMPIERI, or, as he is usually called, Domenichino, born at Bologna in 1581, was one of the most illustrious painters of the Bolognese school, and among the most distinguished scholars who went forth from the studio of the Caracci: his talents and success throughout his career were so remarkable as to excite the constant jealousy and ill-will of many of his contemporaries. Soon after he had entered the Academy of the Caracci, he bore away the principal prize from all his competitors, among whom were Guido and Albano; with the latter Domenichino formed an intimate friendship, and, on leaving the school, they visited together Parma, Modena, and Reggio, to study the works of Parmegiano and Correggio. Albano then went to Rome, whither he was shortly followed by his friend. The Cardinal Agucchi was the first who so far appreciated the genius of Domenichino as to extend to him his patronage: he employed him to decorate his palace, and gave him a commission to paint three pictures for the Church of S. Onofria. Annibal Caracci was at this time in Rome, occupied with his great work in the Farnese Gallery, and he engaged Domenichino to execute a portion of it from his cartoons : in the loggia of the garden he painted from his own designs “The Death of Adonis”. On the recommendation of Caracci, whose failing health incapacitated him from undertaking any new commissions, Domenichino was employed, in conjunction with Guido, by the Cardinal Borghese, in the Church of S. Gregorio.

The next great Roman ecclesiastic who sought to avail himself of his talents was the Cardinal Aldobrandini, whose villa at Frascati he decorated with frescoes, ten in number, from the life of Apollo. Soon after his completion of these works he commenced his grand picture of “The Last Communion of St. Jerome,” for the principal altar of the Church of S. Girolamo della Carita, at Rome : this work has universally been regarded as the chef-d’oeuvre of the master, and second only to Raffaelle’s “Transfiguration” among the pictures of the world. When the French armies, during the wars of the revolution, rifled Italy of her Art-treasures, this was one of the first works on which they laid violent hands; and, until the peace of 1815, it ornamented the gallery of the Louvre: it was then restored, with the other pictures and statues that had been carried off, and is now in the gallery of the Vatican, in the same apartment with the “Transfiguration,” and four other pictures by Raffaelle – a splendid exhibition in themselves.

The fame Domenichino acquired by this picture only redoubled the malevolence of his rivals, who at length succeeded in driving him out of Rome: he returned to Bologna, where he passed several years in the quiet exercise of his talents; but Pope Gregory XV., unwilling to lose his valuable services, prevailed upon him once more to visit Rome, and appointed him principal painter and architect to the pontifical palace. He died in 1641 , after a life laboriously passed in the earnest and successful pursuit of an art which he loved and practised in all sincerity.

His “St. Agnes,” one of the “heir-looms” of the British crown, was formerly an altar-piece, but from what church it was taken, and when it was brought to England, there seems to be no positive information: the picture, prior to its removal to its present location, was at Kensington Palace. The youthful saint – who according to tradition , suffered martyrdom at the age of thirteen, in the year 303 – is standing in an attitude of deep devotion; an angel is flying towards het with a crown and palm-branch, while another is seated at her feet caressing a lamb, the symbol of St. Agnes, who is the peculiar patroness of innocence and purity of mind. The head – its long hair confined by a rich tiara – is of exceeding beauty; the figure is designed with great elegance, and the entire composition is elevated in character, is painted with great warmth and transparency of colour, and is regarded as one of the artist’s best pictures.

It is in the collection at Windsor Castle: the canvas measures 7 ft. by 5 ft.

S.C. Hall

I will work my way through the volumes, probably in a very low pace.

Livres lourds et le Royal Collection

(English version of this post »)

Aujourd’hui, j’aimerais partager quelques images tirées de deux gros livres ayant appartenu à ma grand-tante. Dire qu’elle était une femme excentrique est un euphémisme. Célibataire de longue date, fumant comme une cheminée, la voix d’un sergent instructeur, elle a parcouru le monde dans des cargos, a trouvé ces livres qui-sait-où et les a expédiés dans son appartement sombre à La Haye. Quand j’étais encore enfant, j’essayais d’échapper aux réunions de famille intenses et enfumées de son boudoir en m’asseyant dans un coin de la pièce et en tournant lentement les grandes pages, faisant semblant d’être complètement absorbé par le contenu.

La pièce était remplie à ras bord d’armoires menaçantes, de grands meubles extrêmement dangereux et de peintures effrayantes de grandes femmes nues qui semblaient vouloir sauter du mur. L’expérience était pour le moins suffocante. Comme ces rassemblements se tenaient traditionnellement le 1er janvier, le temps était invariablement maussade et le monde était plongé dans les ténèbres les plus profondes. Alors que j’étais assis dans ce coin éloigné, ma cage thoracique me faisait mal, et j’ai pensé que je ne vivrais pas jusqu’à la fin de cette terrible soirée. C’était probablement juste un mélange de douleurs de croissance et de mélancolie. C’était dans les années 60, et tous les adultes buvaient et fumaient continuellement des cigarettes.

Ma grand-tante remarqua mon intérêt pour les gravures (je ne savais pas ce qu’elles étaient alors), et déclara d’une voix forte et rauque : « A ha ! Le garçon aime les livres. Il aime l’art. Alors quand je serai mort, il les aura. Eh bien, … elle est finalement décédée. Mais le legs semblait être oublié de tous, sauf de mon cousin, qui a gardé les livres en sécurité pendant des années, puis a décidé qu’il était temps de les remettre, aussi parce qu’il avait besoin de l’espace de vie qu’ils réclamaient, vivant dans une grande ville. Battues et abîmées de l’extérieur, les gravures sont encore en très bon état. Je les ai rangés loin de chez moi dans un endroit sûr et je les ramène parfois à la maison pour prendre quelques photos. Les gravures comme celles-ci ne sont pas en vogue, donc les vendre n’est pas une option. Les volumes sont si lourds que la manipulation des livres est presque impossible. C’est l’histoire derrière eux qui leur donne de la valeur, pour moi. Si je renifle ces pages, je remarque toujours une bouffée de fumée éventée, de vin et de gin.

‘Lady Constance’ after F. Winterhalter. Royal Collection Osborne, ca. 1852. 19th Century reproduction engraving.
« Lady Constance », d’après un tableau de F. Winterhalter. Collection royale, Osborne, ca. 1852. Gravure de reproduction du xixe siècle.

Reproduire des images et de l’art à l’époque d’avant la photographie, la photographie numérique, les scanners, Facebook et Flickr était une affaire douloureusement lente, si vous vouliez bien faire les choses. Quand j’étais étudiant en histoire de l’art, j’ai été fasciné par le concept de “reproduction graphique”. Un phénomène qui a prospéré au 19ᵉ siècle. Supposons que vous ayez une peinture rapidement brossée d’un vase avec des fleurs et que vous vouliez la reproduire, pour un livre ou comme une impression séparée. Vous l’apporteriez à un graphiste, qui copierait minutieusement l’œuvre dans l’acier. Ces gravures sur acier ressemblent superficiellement à des gravures sur cuivre ou à des eaux-fortes, mais elles sont assez différentes. Cela m’a rappelé quelque chose, mais les livres étaient profondément enfouis dans mon subconscient.

Les lignes sont incroyablement régulières et fines. Chaque nuance est rendue par l’artiste. Un vase à fleurs bohème tourbillonnant prendrait moins de temps à produire au peintre qu’à reproduire à cet artisan graphique. Si vous regardez ces gravures, au début, vous pourriez être rebuté par une certaine « rigidité mécanique », mais en y regardant de plus près, vous ne pouvez que vous émerveiller devant l’incroyable habileté. Ces gens étaient des scanners humains. Ce portrait d’un tableau de la Royal Collection, Osbourne, prouve que la fraîcheur de l’original peut être transférée dans une œuvre d’une grande clarté.

Ce n’est pas comparable aux gravures d’artiste, comme les gravures à la pointe sèche de Rembrandt, ou ses eaux-fortes, ou d’autres créations artistiques libres. Leur travail n’était pas d’être original, mais d’être fidèle et de traduire une œuvre d’art dans un tout autre support. À cet égard, ces personnes méritent notre respect.

Reproduction engraving of ‘Childhood’ by Greuze. Royl Collection, Buckingham Palace.
Reproduction gravure de ‘Enfance’ par jean-Baptiste Greuze (1725-1805). Collection royale, palais de Buckingham.

Voici quelques images des deux énormes volumes ornés de gravures sur acier, commandés par la firme P. & D. Colnaghi Cie, entre 1854 et 1860, que j’utilisais pour échapper aux terribles fêtes du Nouvel An chez mes grands-tantes. Les descriptions accompagnant les gravures sont écrites par Samuel Carter Hall (1800 – 1889). Le titre complet de l’ouvrage est :

« La Galerie royale d’art,
Ancien et Moderne
gravures des collections privées de
Sa Majesté la Reine et
Son Altesse Royale le Prince Albert
et les objets d’art de la Couronne,
au château de Windsor, au palais de Buckingham et à Osborne »

Le bloc-livre (c’est-à-dire la partie en papier à l’intérieur) mesure 66,5 x 49 cm, la couverture est bien sûr un peu plus haute et plus large (68 x 50 cm). Ils sont donc assez gros… et très, très lourds.

Les gravures ont été réalisées et vendues en série, par abonnement. La taille originale (« quarto grand eagle ») a été utilisée pour créer ces grands volumes. Après environ 400 impressions, les plaques d’acier ont été découpées et un autre tirage a été produit, qui sera publié dans l’Art-Journal.
L’auteur des descriptions, S.C. Hall, était, selon les sources que j’ai trouvées, une figure plutôt controversée. Avocat de formation, il finit tant bien que mal comme éditeur/journaliste d’art. Créer des séries comme celle-ci était le seul moyen de montrer la collection privée de la reine Victoria et du prince Albert à un public plus large. Un certain nombre de graveurs ont été admis dans les palais où la collection d’art royal est conservée depuis plusieurs années. La photographie existait déjà, bien sûr, mais en était encore au stade de son développement où des séries étendues de copies n’étaient pas possibles. Les gravures sur acier étaient le support visuel qui accompagnait l’imprimerie au XIXe siècle et au-delà.
En raison des sujets et de la façon dont ils sont rendus, ces gravures ont maintenant quelque chose de nettement démodé. Ils n’atteignent pas des prix élevés dans les ventes aux enchères en ligne, et ils s’attardent dans les vitrines des librairies antiquaires.
Mais regardez les détails. Et méfiez-vous, car vous pourriez développer un appétit pour ces œuvres d’art graphique négligées.

Detail of an engraving after Jean-baptiste Greuze
Jean-Baptiste Greuze. Détail.

En regardant les détails, vous reconnaissez également la présence d’outils mécaniques utilisés pour couvrir de plus grandes surfaces avec des valeurs tonales. Si vous comparez la gravure avec l’original, vous voyez qu’il ne s’agit pas d’une reproduction mécanique, mais d’une interprétation.

‘Portrait of a Young Girl’ by Jean-Baptiste Greuze (1725-1805). Royal Collection, Buckingham Palace.
“Tête de fille” de Jean-Baptiste Greuze (1725-1805). Collection royale, palais de Buckingham. (Image téléchargée à partir du site Web de la Royal Collection Trust, conformément à la déclaration de copyright, pour un usage non commercial uniquement) – Royal Collection Trust / © SM la reine Elizabeth II 2015

Nous avons maintenant la chance d’avoir un accès sans précédent aux collections royales grâce au site Web du Royal Collection Trust. La description du tableau sur ce site nous apprend que la gravure a été exécutée par Joseph Alfred Annedouche. La reine Victoria a écrit dans son journal le 17 mai 1844 :

“Albert a acheté 3 beaux tableaux de la collection de Mme Nicholls (…) et j’ai acheté une jolie tête d’enfant de Greuze.”

D’une certaine manière, l’enfant dans la gravure est plus enfantin et innocent que l’original. Et il y a une autre différence frappante. La fille de la gravure regarde le spectateur droit dans les yeux, tandis que la fille du tableau semble regarder juste derrière vous, comme si quelqu’un se tenait derrière l’artiste. Le graveur n’a pas relevé ce trait caractéristique du tableau. Il est remarquable que le titre de la reproduction ne corresponde pas au titre de l’original. Là où l’original est catalogué comme “Tête de fille”, ce qui est assez pratique, et le place dans la peinture de genre, le titre de la reproduction “Enfance” suggère qu’il s’agit d’une peinture allégorique.

Detail of the engraving after a painting by F. Winterhalter. Royal Collection Osbourne.
Détail de la gravure d’après un tableau de F. Winterhalter. Collection royale, Osbourne.

Le graveur de cet élégant portrait de Lady Constance Leveson-Gower (1834-1880), plus tard duchesse de Westminster par Franz Xaver Winterhalter (1805 – 1873), avait une approche similaire. Les yeux sont vifs et clairs. Et le reflet de la lumière est plus prononcé que dans le portrait original. Il a fait un travail magnifique en rendant les détails comme les fleurs dans les cheveux. C’est un plaisir d’étudier les lignes, de construire le portrait, en détail. Vous pouvez en savoir plus sur l’original sur le site Web du Royal Collection Trust.

Lady Constance Leveson-Gower (1834-80), later Duchess of Westminster
Lady Constance Leveson-Gower (1834-80), plus tard duchesse de Westminster – 1850. (Image téléchargée à partir du site Web de la Royal Collection Trust, conformément à la déclaration de copyright, pour un usage non commercial uniquement) – Royal Collection Trust / © SM la reine Elizabeth II 2015

La reine Victoria a écrit à propos de ce portrait :

« Le tableau de Constance nous a enchantés ; il est exquis & je suis ravie de posséder ce Portrait de votre bel Enfant. (…) ».

Franz Xaver Winterhalter était un portraitiste bien connu qui gagnait sa vie en peignant des portraits de la haute bourgeoisie et de la royauté. Si vous entrez son nom dans le champ de recherche du site Web de la Royal Collection Trust, vous découvrirez de nombreuses œuvres de lui. Je dois avouer que je n’avais jamais entendu parler de lui auparavant.

Nous voyons tout rétrospectivement, mais cette peinture était relativement nouvelle lorsque l’équipe embauchée par Hall a commencé à copier les peintures. La sélection de peintures reproduites comprenait à la fois des maîtres anciens et de l’art contemporain.

Ces gravures, bien que n’étant pas des œuvres d’art originales, ont juste un charme et une vie qui leur est propre.

C’est tout pour le moment. Je reviendrai sur ce sujet et posterai des informations de suivi quelque part dans le futur.

« Constructions Françaises – Petite Maison Bourgeoise »

Il n’y a pas longtemps, j’ai posté quelques images d’un portfolio de dessins d’architecture français que j’ai achetés lors d’une vente aux enchères. Aujourd’hui, je poste la première d’une série de ré-illustrations basées sur ces dessins. Je les ai ré-imaginés, eh bien, en fait, je travaille toujours sur la série, pour pouvoir créer une série flexible d’impressions d’art qui peuvent être reproduites numériquement sur du papier d’art de haute qualité avec des encres d’archives. Travailler sur chaque détail de ces images, qui sont des lithographies, me fait apprécier le formidable savoir-faire des reproducteurs qui les ont créées.

« Constructions Françaises. Petite Maison Bourgeoise ». Redessiné par Eelco Bruinsma. © 2018.

La lithographie sur pierre au 19e et au début du 20e siècle était aussi importante pour toutes sortes d’images commerciales que la PAO et la conception numérique l’est aujourd’hui. J’ai écrit un jour un petit livre sur la collection d’étiquettes de boîtes à cigares imprimées dans le sud des Pays-Bas au cours de la première moitié du 20e siècle. Il y avait une pléthore de modèles à choisir. Seuls quelques-uns ont survécu en tant que marques commerciales. La lithographie était le médium préféré. Les artisans créaient des images subtiles et des couleurs merveilleuses en plaçant de minuscules petits points sur les pierres lithographiques des carrières de Sollnhofer – à la main. Ils étaient de vrais virtuoses.

Ces images architecturales françaises faisaient partie d’un large portefeuille de types de logements. Des petites maisons d’ouvriers aux demeures majestueuses de la ville pour les gens aisés, du pavillon de chasse au cabinet d’architecte, tout a été pré-imaginé. En traversant des zones semi-rurales et semi-urbaines de France, on peut encore rencontrer bon nombre de ces charmants bâtiments.

L’impression d’art sera bientôt disponible dans la boutique Etsy de Moonfrog Studio. Il sera imprimé sur du papier de haute qualité, envoyé dans un tube, et sera disponible en 3 formats :

30 x 30 cm
50 x 50 cm
60 x 60 cm

Le lien sera mis en ligne dès que les tirages seront disponibles.

Le « gorille » du Dr Louis Auzoux. Un modèle anatomique en papier-mâché dans la Collection Spectandum (article lié)

Mon travail professionnel a quelque peu évolué. Dans le sens où je me concentre désormais davantage sur la rédaction d’articles et de textes plus longs pour des clients du monde de l’art et de la culture. J’accepte volontiers les commissions de clients privés et institutionnels.

Écrivant pour un public général, je rends les connaissances existantes accessibles au lecteur moyen. Cela nécessite des recherches approfondies, ce qui fait partie du plaisir.

Le modèle anatomique d’une femelle gorille avant restauration (extrait d’une vidéo © Spectandum 2019)

L’un des premiers produits de mon évolution vers le journalisme culturel est un article sur le modèle anatomique grandeur nature d’un gorille. La firme française du Dr Louis Auzoux a créé ce modèle élaboré. La rédaction de cet article a été un voyage fascinant dans le monde de l’éducation post-Lumières en France au XIXe siècle.

La principale innovation du docteur Auzoux était son idée d’utiliser des pièces séparées pour son modèle. Le professeur pouvait le démonter et le remonter pendant les cours d’anatomie. Auzoux a créé le modèle anatomique d’un homme grandeur nature pour remplacer les dissections sur les cadavres. Cela rendait les cours d’anatomie beaucoup moins désagréables et moins dangereux pour les étudiants en médecine.

Céline Poirier, la restauratrice, démonte soigneusement le gorille (photo d’une vidéo © Spectandum 2019)

L’article est également disponible en anglais et en allemand.

Je suis en train d’écrire un article sur l’art tribal perlé de la région des Prairies, les « Grasslands », du Cameroun.

Tombe mégalithique « D11 » dans le nord-est des Pays-Bas

(English version »)

Parfois, vous découvrez des endroits particuliers dont vous ignoriez l’existence, et c’est encore plus agréable quand ils sont, en quelque sorte, assez proches. J’ai dû fouiner devant cette tombe mégalithique de la province de Drenthe, aux Pays-Bas, un nombre incalculable de fois, en route vers l’ouest ou le sud du pays, pour un rendez-vous, en famille, une semaine de travail à l’étranger, une balade dominicale en famille à les bois… Ce n’est que très récemment que nous avons découvert cette zone isolée, qui a été élevée au statut de parc national, appelée ‘Drentse Aa’.

La province de Drenthe, qui fait partie du nord des Pays-Bas, est célèbre pour ses landes, ses riches prairies, ses bois doux, ses anciens ruisseaux et ses dolmens (enfin, les archéologues néerlandais ne veulent pas les appeler “dolmen”, mais par souci de clarté, Je le fais), ou des tombes mégalithiques. Ces tombes (ou ossuaires, encore une fois, les archéologues n’ont pas encore dit le dernier mot sur ces monuments) ont été construites à partir de gros rochers qui ont atteint la région au cours de l’une des plus récentes grandes périodes glaciaires, le Saalien (il y a environ 200 000 ans). Les roches ont été transportées par la goutte de glace lente, mais imparable qui a poussé vers le sud jusqu’à se terminer dans les parties centrales du pays. J’imagine toujours ce processus comme du sirop de sucre (ou du sirop d’érable, si vous êtes de l’autre côté de l’Atlantique) poussant lentement la chapelure jusqu’à ce qu’il s’arrête. Bien sûr, la glace a fondu et les pierres ont été abandonnées, jonchant le paysage.

Structure mégalithique

Un groupe néolithique de personnes, indiqué par un nom dérivé de sa poterie emblématique, la « culture du gobelet entonnoir » (en néerlandais : “trechterbekercultuur”), a utilisé ces gros rochers restants il y a environ 5000 ans (3350 – 3000 avant notre ère) pour construire des tumulus funéraires. Ils auraient également pu servir d’ossuaires, les archéologues travaillent encore avec un certain nombre d’hypothèses. Ces monticules ont été créés autour de chambres creuses oblongues peu profondes entourées d’une rangée de grosses pierres et coiffées de grosses pierres plus plates qui ont été posées sur les pierres dressées environnantes. Cette construction, assez solide, était recouverte de terre. Par conséquent, ils devaient avoir l’apparence de monticules bas.
Avec le temps, un nombre important de ces tombes ou dépôts d’os, communément appelés « hunebedden » (lits d’huns = géants), ont été exposés. Certains ont survécu indemnes, d’autres ont été vandalisés ou cannibalisés comme matériau de construction.

Le visiteur moderne peut profiter d’un certain nombre de ces tombes mégalithiques, car elles sont désormais protégées par la loi et gérées avec le reste du riche patrimoine culturel et naturel de la région.

Le dolmen vu de l’ouest

Nous sommes tombés par hasard sur ce dolmen et avons été immédiatement frappés par l’atmosphère calme, presque surréaliste du lieu.

Non loin de ce dolmen, vous aurez peut-être aussi envie de visiter un beau pinetum (c’est-à-dire un jardin botanique dédié aux pins). La direction du jardin est indiquée par des panneaux.

De nombreuses tombes mégalithiques sont bien connues, exposées et bien visitées. Celle-ci se trouve dans un endroit plus isolé et vous avez toujours la chance d’en profiter seul ou avec un compagnon.

L’environnement du dolmen, un arboretum spécialisé dans les conifères (néerl. : « pinetum »)

Sur les photos, j’ai essayé de capturer la lumière hivernale et le calme de cet endroit spécial.

Travaux en cours – un autre œuvre asémique sur panneau de bois

(English version »)

Après une petite série de travaux asémiques sur papier, j’ai décidé de m’attaquer à un petit panneau en bois de 20 x 20 x 3 cm. Je pense que je suis à mi-chemin maintenant.

L’écriture asémique est de toutes sortes et de toutes tailles. Cela signifie littéralement ‘sans sens’, ou sans sémantique. L’art asémique peut être très proche ou identique à l’art abstrait, mais il peut aussi occuper une position à l’opposé du spectre, étant beaucoup plus figuratif. Il n’y a pas de règles. Certaines écritures asémiques s’apparentent à la cursive d’un texte manuscrit furtif, d’autres œuvres se rapprochent beaucoup des écritures formelles.

« La Conversation » – Acrylique sur panneau de bois, 20 cm x 20 cm x 3 cm.

Ne pas avoir de sémantique définie ne signifie pas que les œuvres n’ont pas de sens. Loin de là. Le sens peut être dérivé de l’image dans son ensemble, des couleurs, du geste, de la tension, de la taille et d’une myriade d’autres éléments. Cependant, ce sens n’est pas transmis par un système de signes conventionnels. Associations, sentiments, flashbacks, l’image peut résonner de bien des manières dans l’esprit du spectateur.

Mes travaux asémiques sont assez proches de mes autres pièces. Ils ne visent jamais le réalisme, mais s’apparentent plus à des illustrations et des dessins animés.

Les hiéroglyphes, les runes et l’écriture sabéenne inspirent mes dessins et peintures asémiques. Mais il y a beaucoup plus de systèmes d’écriture que j’admire. Les images dérivées de ces scripts sont entrecoupées d’éléments que j’ai créés à partir de rien.

Dos. Ces panneaux existent en différentes tailles. Celui-ci est le plus petit.

Contrairement à de nombreux artistes du mouvement asémique mondial, je ne griffonne et n’éclabousse jamais. Je prépare mon travail avec une couche de fond, ou lavis s’il est sur papier, et procède à un lent processus de planification, d’esquisse et d’affinage.

Comme les peintres d’icônes orthodoxes, je construis l’image avec de fines couches de peinture. C’est un processus lent. J’ai l’intention de garder les contours d’encre des personnages, de l’architecture et du script. J’ai également superposé les bulles de script. D’un brun rougeâtre foncé à un ocre blanchâtre. Cela leur donne l’aspect crayeux des murs des tombes égyptiennes. J’ai apprécié le jeu subtil de grès et de pigments sur les murs des tombes du désert de la Vallée des Rois à Louxor.

Une première couche d’or acrylique appliquée. Je le terminerai lorsque l’image sera entièrement terminée.

Le centre du panneau est presque terminé. L’essentiel du travail sera l’architecture environnante, qui sera assombrie, tandis que les contours seront retouchés, car ils sont continuellement maculés lors du travail au pinceau. Je vais réduire au minimum les effets de surbrillance 3D.

Les panneaux de bois sont préfabriqués. Je sais qu’avec un peu d’habileté et de patience, vous pouvez faire ces panneaux. Mais pas moi. Je pourrais acquérir les compétences, mais je n’ai certainement pas la patience. Et pourquoi essayer de mal faire quelque chose si les autres le font bien ? Je commande ces panneaux en ligne auprès de la société allemande Gerstaecker. Ils existent en plusieurs tailles et sont à des prix tout à fait raisonnables. Il suffit d’appliquer quelques couches de gesso et le tour est joué.

Dans quelques semaines, je pourrais montrer l’objet fini.

Work in progress – another asemic panel

(Pour la version Française »)

After a small series of asemic works on paper, I decided to attack a small wooden panel of 20 x 20 x 3 cm. I think I am half way now.

Asemic writing comes in all kinds and sizes. It literally means without meaning, or without semantics. Asemic art can be very close to, or identical with, abstract art, but it may also occupy a position on the opposite side of the spectrum, being far more figurative. There are no rules. Some asemic writing resembles cursive of furtive handwritten text, other works come very close to formal scripts.

Having no definite semantics doesn’t entail that the works are meaningless. Far from it. Meaning can be derived from the image as a whole, from colours, from gesture, from tension, from size, and a myriad of other elements. However, that meaning is not transmitted by a system of conventional signs. Associations, feelings, flashbacks, the image may resonate in many ways in the mind of the beholder.

“The Conversation” – Acrylic on wood panel, 20 cm x 20 cm x 3 cm.

My asemic works are quite close to my other pieces. They don’t aim for realism, but are closer akin to illustrations and cartoons.

Hieroglyphs, runes and Sabaean script inspire my asemic drawings and paintings. But there are many more writing systems I admire. Images derived from these scripts are interspersed with elements I created out of nothing.

Unlike many artists from the global asemic movement, I never scribble and splash. I prepare my work with a ground layer, or wash, if it is on paper, and proceed in a slow process of planning, sketching and refining.

Like painters of orthodox icons, I build the image with thin layers of paint. It is a slow process. I intend to keep the inky outlines of the figures, the architecture and the script. In this work I also layered the script-bubbles. From a dark reddish brown to a whitish ochre. It gives them the chalky appearance of walls in Egyptian tombs. I enjoyed the subtle interplay of sandstone and pigments on the walls of the desert-graves in the Valley of the Kings in Luxor.

Backside. These panels come in different sizes. This is the smallest.

The centre of the panel is nearly done. Most of the remaining work will be the refining of the surrounding architecture, which will be darkened, while the outlines will be retouched, because they continually get smudged when working with brushes. I intend to keep the 3D highlight effects to a minimum.

The wood panels come pre-built. I know, that, with a bit of skill and patience, you can make these panels. But, not me. I might acquire the skills, but I certainly don’t have the patience. And why trying to do something badly if others do it well? I order these panels online from the German company Gerstaecker. They come in a number of sizes and are quite reasonably priced. Just apply some layers of gesso and you’re good to go.

In a few weeks I might show the finished object.

A first layer of acrylic gold applied. I will finish it when the image is fully done.